Le syndrome de relargage des cytokines

Série
Comprendre le cancer
Le syndrome de relargage des cytokines est un effet indésirable possible de certains traitements du cancer, notamment des immunothérapies impliquant les lymphocytes T. Il se manifeste par un ensemble de symptômes qui peuvent faire penser à ceux de la grippe. Cependant, il est nécessaire de le reconnaître et de le prendre en charge le plus tôt possible car il peut s’aggraver rapidement.
Les cytokines
Les cytokines sont des substances produites par le système immunitaire. Comme des messagers, les cytokines assurent la communication entre les cellules et participent au bon fonctionnement du système immunitaire contre les maladies.
Le syndrome de relargage des cytokines peut être déclenché par un ensemble de facteurs comme des infections virales et certains médicaments. Lorsqu’une grande quantité de cytokines est libérée, une forte réaction inflammatoire se produit dans tout le corps et perturbe son bon fonctionnement. C’est un effet indésirable souvent rencontré au cours des traitements par anticorps thérapeutiques stimulant les lymphocytes T.
Syndrome de relargage des cytokines et immunothérapies
Parmi les immunothérapies, plusieurs traitements dénommés « CAR-T » et « anticorps bispécifiques » sont maintenant disponibles pour traiter des cancers hématologiques, dont certains lymphomes non hodgkiniens.
Les cellules CAR-T (pour « chimeric antigen receptor ») sont des lymphocytes T prélevés chez un patient et modifiés pour qu’ils deviennent actifs contre ses propres cellules cancéreuses, puis réinjectés chez ce même patient. Quant aux anticorps bispécifiques, ils sont conçus pour reconnaître deux cibles, l’une portée par les lymphocytes T immunitaires et l’autre par les cellules cancéreuses. Ainsi mis en contact avec les cellules cancéreuses, les lymphocytes T ordonnent leur destruction.
Du fait de ce mode d’action qui stimule le système immunitaire contre les cellules cancéreuses, via les lymphocytes T, les CAR-T et les anticorps bispécifiques sont associés à des effets indésirables particuliers, le plus notable étant le syndrome de relargage des cytokines, causé par la libération d’une grande quantité de cytokines.
Les signes et manifestations d’un syndrome de relargage des cytokines
La fièvre est le premier symptôme qui peut être lié à un syndrome de relargage des cytokines. D'autres symptômes à surveiller sont l’apparition de frissons, des battements de cœur irréguliers ou rapides, une difficulté à respirer. Des nausées, maux de tête ou vertiges peuvent aussi être des signes de ce syndrome.
Le syndrome de relargage des cytokines peut toucher plusieurs organes. Une atteinte du cœur se manifestera par une tension artérielle basse, des troubles du rythme cardiaque ou l’apparition d’un œdème. Si les poumons sont atteints, le niveau d’oxygène sera diminué et le patient peut être essoufflé ou tousser. Les atteintes du système nerveux et du cerveau se manifestent par des vertiges, des convulsions ou des perturbations de la coordination des mouvements. D’autres changements et marqueurs biologiques peuvent être détectés dans le sang.
Ces symptômes sont très variés et peuvent avoir d’autres causes que le syndrome de relargage des cytokines. C’est pourquoi, l’équipe médicale procédera rapidement à divers examens pour confirmer ou écarter un syndrome de relargage des cytokines.
Plusieurs solutions pour prévenir le syndrome de relargage des cytokines
Le syndrome de relargage des cytokines est maintenant mieux connu et il existe plusieurs moyens de le prévenir lorsqu’il est associé à un traitement par anticorps bispécifiques activant les lymphocytes T.
Un traitement préventif est prévu en fonction du rythme des injections. Cette prémédication est systématique avant les injections du premier cycle. Plusieurs médicaments sont généralement associés : corticoïdes, antihistaminiques et antalgiques antipyrétiques.
Lors des cycles suivants, la prémédication peut ne concerner que les patients ayant présenté un syndrome de relargage des cytokines au cycle précédent. La prévention du syndrome de relargage des cytokines s’appuie également sur une augmentation progressive de la dose d’immunothérapie administrée.
Surveillance et prise en charge
L’apparition du syndrome de relargage des cytokines est étroitement liée au médicament utilisé et au moment de son injection. L’équipe médicale surveillera le patient au tout début du traitement, surtout dans les heures qui suivent l’administration du médicament et jusqu’à quelques jours après. Pendant cette période, où l’apparition des premiers symptômes est plus probable, le patient sera le plus souvent hospitalisé et suivi à l’hôpital.
Pendant ce suivi, l’équipe médicale procède à un ensemble de tests et d'examens réguliers focalisés sur la température corporelle, la fréquence respiratoire, le rythme cardiaque, la tension artérielle et le niveau d’oxygène.
Aux premiers signes faisant suspecter un syndrome de relargage des cytokines, des soins sont immédiatement mis en place pour contrôler les symptômes. Selon les organes atteints, les soins visent à rétablir les fonctions cardiaque et rénale, établir une oxygénation correcte du corps et réguler la tension artérielle. D’autres médicaments peuvent être utilisés pour neutraliser ou moduler les réactions immunitaires et inflammatoires excessives. Dans les cas les plus graves, le patient sera pris en charge en soins intensifs. Cependant, ces cas restent rares. Généralement, le syndrome de relargage des cytokines peut être traité efficacement.
De retour au domicile
L’état général du patient peut lui permettre de rentrer chez lui après l’administration de son traitement. Cette décision est prise avec le patient et seulement si l’équipe soignante estime que le risque de syndrome de relargage des cytokines n’est pas élevé. Le patient sera alors accompagné et informé d’un protocole type de surveillance. Il apprendra ainsi à repérer les symptômes qui doivent l’inciter à contacter immédiatement son médecin, se rendre dans un service d’urgence ou appeler le 15.
Ces symptômes sont les suivants :
fièvre (38°C ou plus) ;
battements cardiaques rapides ;
essoufflement ;
frissons ;
sensation de vertige ou étourdissement ;
maux de tête, nausées ;
éruption cutanée, confusion.
De plus, le patient se verra remettre une « carte patient » résumant les informations essentielles sur son traitement. Cette carte est destinée au patient lui-même mais aussi aux professionnels de santé qu’il pourrait consulter en dehors de l’hôpital où il reçoit le traitement.
La question de… ?
« Qu'est-ce qu'un lymphocyte T ? »
Les lymphocytes T sont un type de globules blancs impliqués dans l'immunité cellulaire, c’est-à-dire qu'ils participent à la destruction des cellules infectées. Les lymphocytes T produisent notamment les cytokines, qui ont un rôle important dans la coordination de la réponse immunitaire. La lettre T fait référence au thymus, car c'est dans cette glande du cou qu'ils acquièrent leurs propriétés.
À retenir
Le syndrome de relargage des cytokines est un effet indésirable fréquent des traitements par anticorps bispécifiqueset par CAR-T de certains lymphomes non hodgkiniens.
La fièvre est le premier symptôme qui être lié à un syndrome de relargage des cytokines. Le syndrome de relargage des cytokines est maintenant mieux connu et il existe plusieurs moyens de le prévenir :
avec une prémédication systématique avant les injections du premier cycle de traitement ;
en augmentant progressivement la dose du médicament ;
avec une surveillance rapprochée du patient surtout dans les heures qui suivent l’administration du médicament et jusqu’à quelques jours après.
Il est important que toutes les questions sur les signes qui doivent alerter puissent être posées à l'équipe médicale.
M-FR-00015395-1.0 - Novembre 2025