Être une femme dirigeante dans la santé 

Le point de vue de Sylvie Caccia, Directrice Juridique et Compliance chez Roche Pharma France

Sylvie Caccia
  • Quel parcours vous a mené chez Roche ?

 

Ma mère m’a toujours poussée à donner le meilleur de moi-même, pour prouver qu’une femme pouvait faire la course en tête et réussir aussi bien qu’un homme professionnellement. C’est ainsi que je suis arrivée en classe préparatoire, à l’époque convaincue qu’il fallait nécessairement faire une Grande Ecole pour réussir en tant que femme. Finalement, à l’issue de la première année, j’ai compris que je n’étais pas à ma place et j’ai choisi de me réorienter en faculté de Droit où je me suis spécialisée en droit des Affaires (DJCE Strasbourg). 

Cette filière comptait déjà une large majorité d’étudiantes, et celles-ci réussissaient également en moyenne mieux que les hommes. Pourtant, en arrivant sur le marché du travail, je vivais une première déconvenue en découvrant que les postes de directeurs juridiques ou d’associés de cabinets d’avocats et conseils étaient exclusivement occupés par des hommes. 

J’avais une réelle vocation pour l’entreprise, fascinée par ce que la diversité des métiers permet d’accomplir. Tout juste diplômée, j’ai ainsi fait mes premiers pas dans une société spécialisée dans l'électromécanique. Une entreprise d’innovateurs, d’entrepreneurs, au sein de laquelle on m’a immédiatement accordé une grande confiance, ce qui m’a permis de beaucoup me développer. J’ai ensuite découvert le secteur de l’agro-alimentaire, en intégrant, au sein d’un grand groupe, une direction juridique composée presque exclusivement de femmes, mais dirigée par un homme... 

C’est en 2000 que j’intègre Roche, en tant que responsable juridique de la filiale française. Je suis alors la seule femme à ce poste au sein du groupe. 

 

  • Quelles étaient vos ambitions en arrivant chez Roche?
     

J’ai rejoint Roche, portée par mon désir de mettre mon savoir-faire au service du changement : aller chercher et trouver des solutions, au bénéfice du patient. J’étais aussi fascinée par l'innovation, l'avant-garde de l’entreprise et sa relation avec l’art. C’est quelque chose de fort, qui se ressent beaucoup chez Roche. Et en entrant pour la première fois dans les bâtiments, j’ai éprouvé une émotion presque physique. Derrière sa façade classique, Roche est un lieu de créativité. Cela m’a inspirée à mon arrivée et m’inspire toujours autant aujourd’hui.  

Roche était ma première entreprise de santé. Jusqu'alors, je n’avais pas fait de droit de la santé, et m’étais concentrée sur le droit de la concurrence et le droit des affaires. Je suis donc arrivée avec une expertise nouvelle pour l'époque. J'avais envie de prendre des responsabilités, et j'ai senti très rapidement qu'on me donnerait la liberté dont j'avais besoin pour me développer.

Une grande opportunité chez Roche s’est présentée à moi en 2003, au départ de notre secrétaire général, membre du comité de direction. Lorsque s'est posée la question de son remplacement, et malgré mon ambition pour le poste, ce qui primait pour moi n'était pas le statut mais l’impact que je pourrais avoir. Finalement, le Président a choisi de me confier le poste, convaincu que je saurai relever le défi aussi bien qu’un homme. Alors, je me suis dit “très bien, on va faire les deux!”.

 

  • Pour vous, c’est quoi être une femme dirigeante aujourd’hui ?
     

Pour moi, être une femme dirigeante c’est apporter le meilleur de soi même au service de sa societé. J’espère ouvrir une voie, convaincue qu’être une femme dirigeante c’est aussi ouvrir les portes aux autres femmes.

Il reste du chemin à parcourir en matière de parité et pour y parvenir, nous nous devons de rester intransigeantes face à toute remarque sexiste ou différence de traitement. Ne jamais baisser la garde, c’est une exigence à tenir. Je m’emploie tout particulièrement à lutter contre les stéréotypes, les terminologies telles que “métiers féminins” et les inégalités de représentation des femmes de Santé dans les médias. 

Cette responsabilité, je l’ai ressentie dès que je suis devenue membre du comité de direction. Alors première femme a intégrer l’équipe dirigeante de Roche en France, j’ai reçu une quantité de mots de collaboratrices, me disant “je suis représentée”. J’en garde une forte émotion… 

Aujourd’hui, chez Roche Pharma France, nous comptons 72 % de femmes parmi les collaborateurs, pour 61% de femmes managers. Nous progressons. Au-delà des managers, je vois émerger des femmes leaders chez Roche qui prennent la parole, sont reconnues et pas seulement pour leur expertise mais leur savoir-être et leur capacité à engager la société, et cela me réjouit. 

 

M-FR-00004197-v1.0 - Etabli en avril 2021

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Le point de vue d’Olalla Grau, Executive Director, Head of Strategy and Business Units Roche Pharma France

 

Olalla Grau
  • Quelles étaient vos ambitions lors de votre arrivée chez Roche ?

 

“Mon désir en arrivant chez Roche était d’apporter de la valeur en laissant une trace de qui je suis dans mon travail. Je mesure le succès dans l'idée de faire la différence et d’avoir un impact positif dans la vie des autres, et pas seulement de faire le job. Chez Roche nous pouvons avoir un impact significatif dans la vie de milliers de patients chaque jour. J’ai toujours eu un intérêt intellectuel et scientifique pour la technicité du secteur de la santé. Au-delà de ma mission pour les patients, j’étais animée par le besoin de comprendre, d’être stimulée intellectuellement. Je voulais que mon investissement et mon énergie bénéficient au plus grand nombre de patients possible. Et je me suis très vite rendue compte que mon impact pourrait être décuplé en étant membre d’une équipe dirigeante.

 

Être dirigeante est une ambition que je revendique, dont je n’ai pas honte et que je féminise volontiers, bien que certains pourraient encore la juger masculine. Aujourd’hui, je conjugue pleinement mon métier au féminin. Être une femme dans un monde d’hommes participe à une forme d’altérité. Toute diversité apporte de la valeur et c’est ce que je considère comme une force. 

Néanmoins, c’est aussi parfois une difficulté quand vient la question de la conciliation vie professionnelle et vie personnelle, qui se pose davantage pour les femmes. Mes enfants ne se préoccupent pas de mon agenda professionnel, et leur exigence est quotidienne. La réponse est que l’on n’y arrive pas forcément tous les jours. Il faut s'autoriser à ne pas être toujours parfaite sur tous les plans, faire de son mieux c’est déjà bien.

 

  • Pour vous, c’est quoi être une femme dirigeante aujourd’hui ? 

 

“Etre une femme dirigeante, c’est d’abord reconnaître les voies que d’autres femmes ont ouvertes pour nous. J’ai connu des femmes mentors qui m’ont aidée, inspirée, soutenue. Je crois que mon rôle désormais, au-delà de ce que je peux atteindre pour moi-même, c’est d’offrir de meilleures opportunités aux nouvelles générations, en créant les bonnes conditions pour leur réussite

Et chez Roche c'est possible, simplement parce que chacun a la liberté d’être soi-même.  C'est libérateur de créativité, d'envie et d'épanouissement, surtout à l'époque actuelle ! Au quotidien, c’est une force de pouvoir être dans une authenticité réelle, qui soit accueillie et bien considérée dans l’entreprise.”

Avec plus de 70% de femmes au sein de notre filiale, Roche est une entreprise où il est possible d’évoluer et c’était très important dans mon propre choix. 

 

  • Quel regard portez-vous sur l’avenir de la place des femmes dans la santé ? 

 

“Mon espoir pour la place des femmes dans la santé se dessine sous la forme d’une égalité des chances réelle. Il faut reconnaître qu’il y a encore des efforts à fournir pour l’atteindre dans notre secteur. Les femmes y occupent une place importante mais restent minoritaires dans ce que l’on appelle les “postes à responsabilités”. On peut le constater dans les facultés de médecine, où les femmes représentent plus de 60% des étudiants accédant à la deuxième année, mais peinent à accéder à des postes de direction. 

Heureusement aujourd’hui les choses bougent, et de nombreuses femmes sont à l'initiative de beaux projets, il faut continuer! Je pense à des projets pensés par des femmes chez Roche et pour les femmes, tels que "Wikiboop" et "Me Reconstruire"  par exemple. Les problèmes rencontrés par les femmes sont parfois sous-estimés, dû à l’insuffisante représentation de celles-ci dans certains corpus, la féminité après un cancer est un bon exemple. 

Pouvoir mieux accompagner des femmes malades, donne pleinement sens au travail que nous menons chaque jour mon équipe et moi. Et je suis ravie d’impulser des projets qui vont au-delà de la mise à disposition de solutions mais qui accompagnent réellement les femmes tout au long de leur parcours de vie”. 

 

  • Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui suivront vos pas ?

 

“Si je devais donner un conseil aux jeunes femmes en début de carrière : Osez, faites vous confiance car sans peur, vous pouvez faire ce que vous voudrez.  Il faut de temps en temps savoir ignorer la petite voix dans notre tête, le syndrome de l'imposteur si féminin. Il ne faut pas hésiter à prendre le goût du risque, soyez aventurières dans ce que vous entreprenez, vous vous surprendrez !” 

 

M-FR-00003793 - 1.0 - Etabli en mars 2021

 

 

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