Dosages répétés de la troponine T hyper-sensible pour une meilleure détection de l’infarctus du myocarde : une cinétique H0 H2 plutôt que H0 H3 ?
Dr Christophe Meune, service de Cardiologie - Hôpital Cochin.
La mesure des concentrations de Troponine (cTn) I ou T est actuellement considérée comme la méthode de référence pour affirmer la présence de nécrose myocytaire.
Récemment, plusieurs auteurs ont démontré que la présence de cTn circulante détectable (inférieure au CV10%) devait être considérée comme un index de sévérité chez les patients.
Le développement récent des méthodes de dosage hyper-sensible comme celui de la troponine T hyper-sensible (cTnT-Hs) constitue l’opportunité unique de mesurer des concentrations très faibles de cTn circulantes et de les comparer à la valeur de référence, le 99ème percentile (14ng/l).
Forte de ses premiers résultats, l’équipe de recherche du Professeur Christian Mueller (hôpital Universitaire de Bâle en Suisse), a continué ses travaux sur la cTnT-Hs et continue à contribuer au développement d’un algorithme d’interprétation complet.
Dans cette étude, les auteurs ont étudié l’intérêt de mesures répétées de cTnT-Hs pour la détection de l’infarctus du myocarde chez 836 patients.
L’objectif de cette étude était simple : savoir si la répétition des dosages cTnT-Hs améliorait la détection de l’IDM et si oui, quel était le protocole optimal.
L’analyse a porté sur 836 patients avec douleur thoracique inclus dans la cohorte prospective multicentrique APACE.
Les patients inclus étaient majoritairement des hommes, l’âge moyen était de 64 ans et le diagnostic final était celui d’IDM chez 108 patients (13%), d’autre cause chez 728 patients (angor instable chez 14%, cause cardiaque chez 14%, cause extra-cardiaque chez 50% et absence de cause retrouvée chez 9% des patients).
La concentration de cTnT-hs et sa variation dans le temps étaient plus importantes dans le groupe IDM. De plus, cette étude démontre que :
- L’utilisation de dosages répétés (h0-h3 ou h0-h2) de cTnT-Hs améliore la détection de l’IDM.
- L’étude de la variation de cTnT-hs entre l’admission et h2 est à privilégier car plus performante qu’une période de suivi de 1h et aussi performante qu’un suivi de 6h.
- La variation absolue est un meilleur indice pour la détection de l’IDM que ne l’est la variation relative à 2 heures.
- Une variation (augmentation ou diminution) de cTnT-hs de 7ng/l (soit 50% de la concentration observée au 99ème percentile) permet de détecter l’IDM avec une sensibilité de 89% et une spécificité de 93% en redosant à h2.
Ces résultats doivent être confirmés, et de nouveaux algorithmes doivent être développés pour la détection de l’IDM mais aussi de l’angor instable. En attendant, il est licite de recommander un nouveau dosage de cTnT-hs à la 2ème heure et l’interprétation pourrait se faire comme suit :
- cTnT-hs très élevée dès l’admission : il s’agit vraisemblablement d’un IDM dans le contexte et aucun autre dosage n’est nécessaire.
- cTnT-hs <14ng/l ou faiblement élevée à l’admission et variation entre l’admission et h2 <7ng/l : l’IDM peut être écarté avec une valeur prédictive négative de 98%.
Référence : Reichlin T et al, Circulation 2011 ;124 :136-145.